Il est difficile de nos jours de passer une journée sans que l'on n'achète quoi que ce soit, à tout le moins, pour un Québécois de la vie active. La consommation, dans le sens économique du terme, est maintenant bien ancrée dans notre quotidien. Certains ont même inconsciemment développé leur mode de vie autour de cette activité. Personnellement, je ressens un malaise face à la place surévaluée qu'un grand nombre de gens accordent à la consommation dans leur vie de tous les jours au sein des pays industrialisés (dont je fais partie). Cet inconfort s'articule autour de trois thèmes : la consommation vue comme la solution aux moindres problèmes, le consommation perçue comme un gage de réussite et la consommation comme passe-temps.
(Aucune méthodologie particulière n'a été utilisée pour ce texte. Ce dernier a été produit dans le cadre d'un examen demandant de partager ses impressions et connaissances sur certains sujets.)
Aujourd'hui, les talents manuels ne sont plus valorisés. Il semble que l'on ait accolé une image de désuétude face au développement de talents qui n'entretiennent pas la roue de la consommation, notamment la couture, le tricot, "l'arrangeage de proies" (je connais peu de gens sachant faire de beaux filets des poissons qu'ils ont pêchés), la menuiserie, etc. C'est à croire que ces activités ont été reléguées à quelques boomers retraités n'ayant que très peu de relève. Pourquoi en est-ce ainsi? Il semblerait que les gens ne se "salissent" plus les mains. Du moins, s'ils le font, c'est parce qu'ils ont payé cher pour l'apprécier.
Il est facile de remarquer que la consommation représente une solution pour bon nombre de gens. On a faim : on va au supermarché ou au resto, si ce n'est chez Costco pour être certain de ne JAMAIS subir un quelconque sentiment de manque face à quelque produit que ce soit. On préfère "faire des réserves" de barres tendres, de toast Melba ou de papier de toilette plutôt que de penser qu'on puisse en manquer et devoir aller en racheter au petit commerce du coin. Ainsi, les gens vont sortir 300 $ supplémentaire de leur budget de la semaine pour des produits qui auraient été inclus dans une épicerie de 100 $.
Les gens veulent maigrir : que font-ils? Ils consomment! Ils se procurent un livre prescriptif de recettes adaptées et d'activités physiques, un abonnement inabordable au gym, un vélo tout neuf à 1000 $... Ainsi, ils ont fourni un gros effort perçu en ayant déboursé. Ils se paient une bonne conscience. Ils se sont psychologiquement engagés sur la voie de la "guérison", bien qu'ils n'aient pas encore sué une goutte.
Si le bouton d'une chemise tombe, peu de personne ont le réflexe de le recoudre. La chemise choiera sur la commode, jusqu'à ce que son propriétaire (moi la première), se lasse de la voir et la jette ou la donne. Il s'agit d'un comportement tellement conditionné par les stratèges du marketing qu'il en est parfois devenu inné. On ne répare plus rien, on cultive peu et on prend sa voiture pour aller au gym. Les arts-savoirs ne sont plus transmis entre les générations puisque les aînés ne sentent pas le désir de leurs descendants de les apprendre. Ils ne savent toutefois pas à quoi ça servirait, tellement le progrès a progressé.
On ne salit pas les main, car on est précieux en termes de valeur perçue sur l'échelle sociale. S'il est question d'une tâche ingrate, on paiera quelqu'un pour la faire à sa place. Les gens ne "s'abaissent" plus à tenter d'entreprendre quelque chose, ils achètent un service. Le sentiment d'être le client offre une relation asymétrique entre l'acheteur le vendeur de services, depuis l'avènement des courants consuméristes du XXe siècle. En étant son client, on devient l'objet de ses soins, car il doit s'assurer de notre satisfaction pour que l'on achète et rachète son service. Je deviens important pour toi, le vendeur, et tu es sensible à ma critique. Ainsi, le vendeur cherchera à épargner la susceptibilité de ses clients et adoptera des slogans absurdes tels que "le client a toujours raison". Cette position avantageuse pour le détenteur du pouvoir d'achat est enivrante, voire grisante. Qui n'aime pas se sentir important? Ainsi, on ne développe plus ses talents, à part celui de faire de l'argent, afin de se retrouver le plus souvent possible dans les souliers du client dont les désirs sont à satisfaire.
Comme on n'a plus de talents, il faut trouver un moyen de passer son temps. Quoi de mieux alors que d'investir les moindres secondes de son temps libre à planifier la logistique du ménage? Le foyer doit être beau, à l'image de sa santé intérieure, de sa personne physique et de son rang social. Ainsi, on essaie les produits annoncés qui peuvent accélérer et faciliter les tâches ménagères, faire briller ses meubles payés trop chers et ses électroménagers autonettoyants énergivores.
Une nouvelle culture s'installe depuis quelques années quant aux plaisirs gastronomiques. Il s'agit d'une course à l'exotisme des mets et au raffinement que l'on veut tenter d'exprimer à son entourage immédiat. Ses manifestions sont présentes partout : même V s'est dotée d'une émission de cuisine avec un chef aux manières de bûcheron pour s'adresser à son auditoire friand des 3 S (sexe, sport, sang). Plus nos mets viennent de loin et portent des noms difficiles à prononcer (donc à l'apparence inaccessible et dispendieuse), plus l'effet sera réussi. Le snobisme a fait son entrée dans la cuisine de monsieur-madame-tout-le-monde!
En ce moment, chacun pourrait bénéficier d'une véritable cure en se déconnectant de son téléviseur (le pronominal est volontaire) et en fuyant les centres d'achat juste pour une semaine. On se retrouve ainsi avec du temps libre et des mains à occuper, mais aussi avec un esprit qu'on peut remplir d'autre chose que des images débilitantes que nous offrent souvent nos médias. On pourrait alors découvrir qu'on est capable de réparer des objets lorsqu'on veut bien prendre la peine d'essayer. On s'apercevrait qu'il fait toujours assez beau dehors pour pratiquer un sport ou un loisir actif. En investissant du temps sur soi et non dans le matériel qui nous entoure, on peut ainsi gagner de la valeur à ses propres yeux en se développant et couper court à sa dépendance face à la position "valorisante" du client pour se sentir respecté.