Initialement écrit le 2 octobre 2009
Comme c'est par l'interaction avec autrui que je progresse, ou même, que je prends simplement conscience de moi-même, je ressens tout au long de ma vie la nécessité de me voir dans l'image que me renvoie l'autre. Axel Kahn appelle ça le miroir déformant.
La pire chose que je puisse faire à un être humain est de l'ignorer, car je le prive de cette image et je lui refuse le droit d'exister dans ma construction mentale. Je l'empêche de se voir à travers moi, je le prive du dialogue édifiant qu'on trouve dans l'altérité et je le confine à être seul dans son enceinte mentale.
Le mendiant a besoin de savoir qu j'ai reconnu son existence. Il retrouvera sa dignité par le sentiment d'impuissance ou d'exaspération qu'il lira dans mon regard. Même les insultes sont mieux venues pour lui que mon indifférence car, ainsi, je le reconnais comme autre et comme semblable à la fois. L'ignorer, c'est lui démontrer que je lui refuse la reconnaissance de son existence pour ne pas troubler la mienne, car je ne souhaite pas m'enrichir de son dialogue. Il m'apparaît vil, indésirable et, par ce message non-verbal que je lui renvoie, je lui retire sa dignité.
Ignorer quelqu'un en revient à produire une violente agression psychologique. Des gens vont se mettre à tuer pour qu'enfin, on les voit et on leur confirme leur existence. Faire un pas vers l'autre permet de l'humaniser. C'est dur d'y arriver dans les grandes villes parce qu'il y en a trop. Je suis partie de Montréal, entre autres choses, parce que le fait de croiser un trop grand nombre de mendiants et de miséreux à chaque jour constituait un irritant majeur de mon quotidien. Ma propre impuissance me faisait mal.
D'un autre côté, la société est à la base humanisante et acculturante. Quelqu'un qui se récluse et s'éloigne de cette dernière refuse l'humanité qu'elle lui offre. Cette pensée me déresponsabilise donc du sort de mon prochain. Est-ce uniquement à cause de la dissonance cognitive face à ma non-intervention que je me dis ça? Ça serait donc pour mieux dormir le soir. Du moins, au Saguenay, on ne voit pas les miséreux. Ils sont donc soustraits de mon regard, et je peux m'occuper d'être attentive aux gens de mon quotidien. C'est déjà ça de fait. On ne peut pas non plus avoir le sort du monde sur ses épaules!
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